Bhoutan, les sillons du bonheur

Photographie : Eléonore HENRY DE FRAHAN     Textes : Aude RAUX    

Les champs des membres de la Druk Organic Farmers Cooperative. Fondée en 2011, cette coopérative de paysans rassemble 23 adhérents. Tous sont engagés dans le bio, suite à une formation aux techniques de l’agriculture biologique dispensée par le National Organic Program (NOP) émanant du ministère de l’agriculture et des forêts.
Située dans le district de Punakha, la Druk organic farm est une ferme pionnière au Bhoutan.
Danka Dorji et Jigme Tshering, chargés de la gestion de la Druk Organic Farm, sont heureux de proposer des aliments respectueux de la santé et de l’environnement. Même si cultiver en bio exige du temps et de la main d’oeuvre.
Depuis 2008, les paysans de la Druk Organic Farm cultivent leurs légumes selon les techniques de l'agriculture biologique. « La diminution des émissions de gaz à effet de serre pour la production agricole et le renforcement de la séquestration du carbone, ajoutés aux autres bénéfices offerts par la biodiversité et les services environnementaux, font de l’agriculture biologique une méthode de culture avantageuse, avec un potentiel considérable pour atténuer le changement climatique et s’y adapter ». Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Jigme Tshering, 23 ans, pratique la méditation deux fois par jour. Le jeune homme voit le monde avec philosophie : « La méditation est ma seule médecine. Si chacun s’occupait de sa « vie intérieure », le climat ne serait pas déréglé. On se reconnecterait à la nature. Heureusement, nos dirigeants sont conscients qu’il faut préserver notre écosystème ».
A la Druk organic farm, les légumes sont préparés pour le marché hebdomadaire de Thimphu, la capitale du Bhoutan, située à 2h30 de route.
Les paysans de la Druk Organic Farm n’utilisent ni engrais, ni désherbants, ni pesticides issus de la pétrochimie.
La Druk Organic Farm s'étend sur une surface de 2,5 hectares et abrite un troupeau de 10 vaches laitières.
Yuden et Sangay Dorji sont membres de la Druk Organic Farmers Cooperative. Ce couple de paysans ont quelques parcelles de riz rouge.
Importé il y a une vingtaine d’années au Bhoutan, le riz rouge est devenu la base des trois repas quotidiens.
Au fil des ans, le riz rouge a détrôné la culture traditionnelle du sarrasin, de l’orge ou encore du millet.
Sangay Dorji aide son fils à nouer son Gho, l'habit traditionnel bhoutanais qu'il porte pour se rendre à l'école.
Yuden Dorji, 32 ans, admire la vue depuis la fenêtre de la cuisine de sa maison. Grâce à sa géographie, qui varie entre les plaines subtropicales au sud, situées à 200 mètres d’altitude et les montagnes subalpines au nord, où les sommets culminent à 7570 mètres, le Bhoutan peut tout cultiver.
Sangay Dorji a appris à faire du fumier qui sert de fertilisant naturel pour nourrir le sol de son potager. La nuit, dans son abri, leur vache repose sur un lit de fougère qu’il va cueillir dans la forêt. Pour obtenir un insecticide naturel, il mélange de l’urine et du lait de vache dilué avec de l’eau. Quant au désherbage, il se fait manuellement.
Pendant dix ans, Yuden et Sangay Dorji ont utilisé des produits chimiques pour faire pousser leurs légumes. A force, le sol est devenu dur et compact. En 2012, ils ont fait leur transition agricole. Depuis, leur terre est tendre et facile à labourer. Ici, ils préparent le bois sur lequel ils vont cultiver du shiitaké, un délicieux champignon.
Chencho est le président de la Druk Organic Farmers Cooperative. Environ 60 % des paysans n’utilisent, d’ores et déjà, ni engrais chimiques ni pesticides.
Sangay Dorji remplit un sac de terreau de la forêt pour son potager.
Selon la croyance bouddhiste, l’homme se doit d’être en harmonie avec la nature. D’où le souhait du Bhoutan, annoncé publiquement en 2012, de vivre d’une agriculture 100 % biologique. Dans cet Etat de l’Himalaya oriental peuplé de 700 000 habitants et enclavé entre la Chine et l’Inde, chaque arbre, chaque rivière, chaque montagne est protégé par des divinités locales.
« L’agriculture intensive, parce qu’elle implique l’utilisation de nombreuses substances chimiques, ne correspond pas à notre croyance bouddhiste qui nous demande de vivre en harmonie avec la nature. Nous aimons que les insectes et les plantes soient heureux ». Déclaration, en 2012, de Pema Gyamtsho, alors ministre de l’agriculture.
Au Early Learning School Center, une école primaire située à Thimphu, l'enseignement est basé sur les fondements du Bonheur National Brut, le BNB.
Le tri des déchets fait partie du programme pédagogique du Early Learning School Center.
Le mercredi est le seul jour où les enfants peuvent apporter des produits alimentaires emballés. Pour lutter contre les déchets plastique, le règlement du Early Learning School Center stipule que, excepté ce jour, les parents fassent des repas « maison » pour le déjeuner de leurs enfants.
Au Early Learning School Center, une école primaire située à Thimphu, les enfants apprennent à vivre en harmonie avec l'environnement.
Les bureaux du Renewable Natural Resources Research Development Center Yusipang, situé à 15 kilomètres de Thimphu.
Selon Sonam Tashi, maître de conférence au College of Natural Resources (CNR) à Lobesa, dans le district de Punakha, le Bhoutan pourrait parvenir au 100 % bio d’ici à 2025. Parmi les défis à relever pour vivre d’une agriculture 100 % biologique : L’accès à l’eau. Les conflits avec les animaux sauvages (éléphants, sangliers, cerfs). L’exode rural et le manque de main d’oeuvre à venir (l’agriculture emploie 60 % de la population active). L’importation, en grand nombre, d’aliments moins chers, principalement en provenance d’Inde. Et les routes en mauvais état.
Le Research and Development Center Yusipang est un centre de recherche spécialisé dans la forêt et l'agriculture. Les scientifiques élaborent des techniques naturelles pour aider les paysans qui cultivent en bio à accroître leurs rendements et lutter de façon plus efficace contre les nuisibles.
Parmi les expérimentations menées par les chercheurs du Research and Development Center Yusipang : le wood vinegar, soit du vinaigre extrait de bois de chêne. Un moyen naturel pour, à la fois, enrichir la qualité du sol et lutter contre les mauvaises herbes, les insectes ravageurs ainsi que les maladies des plantes.
Les camions, chargés de légumes et de produits laitiers, passent le col de Dochula perché à 3000 mètres. Direction : l’étage des produits locaux du Centenary Farmers Market, le grand marché central de Thimphu, inauguré en 2008.
BCoop shop, premier magasin estampillé bio et local, a ouvert ses portes en juin 2014, à Thimphu, à l’initiative du ministère de l’agriculture et des forêts et en partenariat avec un entrepreneur privé. Via cet intermédiaire, les coopératives de paysans vendent leurs produits alimentaires aux classes aisées du Bhoutan.
Chaque semaine, les producteurs viennent de tout le Bhoutan pour vendre leurs produits au Centenary Farmers Market, le grand marché central de Timphu.
Sur les guirlandes de prières bouddhistes, chaque couleur représente un élément. Le jaune : la terre. Le vert : la forêt. Le bleu : le ciel et l’eau. Le blanc : le fer. Le rouge : le feu.
La constitution du Bhoutan prévoit qu’au moins 60 % du territoire doit rester couvert de forêts.
Grâce, notamment, à ses forêts, véritables puits de carbone, qui tapissent 70 % du territoire, le Bhoutan a une empreinte carbone négative. En 2012, le royaume a lancé sa stratégie de neutralité carbone pour donner suite à à ses engagements pris lors de la COP 15 à Copenhague.
Des phallus en bois sont dressés au milieu des champs pour favoriser la fertilité des sols.
Dans un champ collectif de 2 hectares, un groupe de paysans, convertis au bio suite à une formation dispensée par le National Organic Program (NOP), désherbent à la main les plantations de légumes. Parmi ces femmes, Tshering Pelden. Son bonheur : travailler la terre et passer la journée dans l’air frais et pur.
Ce champ collectif est implanté dans la vallée de Chamkar, situé dans le district du Bumthang, au centre-est du Bhoutan.
Tshering Pelden vend les légumes de son potager dans un abri aménagé le long de la route.
Depuis 2008, un groupe de paysans de la vallée de Chamkar cultive du sarrasin. Ils renouent ainsi avec la culture traditionnelle du blé noir menacée de disparition à cause du changement des habitudes alimentaires. Ici, une femme prépare un plat de nouilles de sarrasin.
Aujourd’hui, le blé noir n’est plus considéré comme le « repas du pauvre ». Il se vend même plus cher que le riz en raison de la loi de l’offre et de la demande.
Face au dérèglement climatique, Gaylong, agent local chargé du développement agricole dans le district du Bumthang, a aménagé une banque de graines. Les petites poteries en terre cuite contiennent une quinzaine de variétés de sarrasin, blé, orge, riz… Grâce à cette banque de graines, il préserve la biodiversité, malgré les aléas du climat.
Dans les années 1970, le roi alors au pouvoir avait lancé l’idée d’un indicateur complémentaire au Produit Intérieur Brut (PIB). Inscrit dans la constitution, le Bonheur National Brut (BNB) repose sur quatre piliers : la sauvegarde de l’environnement, un développement socio-économique équitable et durable, la bonne gouvernance, enfin, la préservation des traditions. Aujourd’hui, cet indicateur de richesse irrigue le royaume dans ses plus profonds sillons.