Masdar city, une cité laboratoire au pays de l’or noir

Photographie : Laurent WEYL     Textes : Aude RAUX    

En arabe, Masdar signifie « la source de toute vie ».
« Beaucoup d'étudiants disent qu’ils ont l’impression d’être dans une soucoupe volante posée dans le désert », rapporte Fred Moavenzadeh, président du Masdar Institute of Science and Technology (MIST). Ici, la bibliothèque.
A Masdar, un majestueux escalier, situé au centre du hall d’entrée, incite les visiteurs à monter à pied. Les énergivores ascenseurs sont situés sur le côté, à l’abri des tentations. L’un des objectifs de cette ville vise à changer le comportement des habitants des Emirats Arabes Unis afin de réduire leur empreinte carbone.
Pour rejoindre Masdar, située à 30 minutes du centre d’Abu Dhabi city, les habitants doivent laisser leur voiture aux portes de la ville et monter à bord de véhicules électriques auto-guidés : les « Transports Rapides Personnels » (PRT).
Les rues de Masdar city sont étroites, courtes et ombragées, à l’image des médinas. Tout le contraire des boulevards écrasés de chaleur d’Abu Dhabi city. De même, la ville est compacte, dense, à l’opposé de l’étalement urbain qui caractérise la capitale de l’Emirat.
La vitesse moyenne des Transports Rapides et Personnels (PRT) est de 20 km/h. Une révolution aux Emirats Arabes Unis, royaume des 4 X 4 vrombissants !
Neuf PRT, truffés de capteurs, circulent sur une ligne unique. Chacun peut accueillir jusqu’à quatre passagers. Dans le sol, des aimants ont été insérés tous les deux mètres que ces véhicules détectent, grâce à un outil magnétique.
Masdar est appelé à s’intégrer à Abu Dhabi City, tel un satellite, au fur et à mesure de son développement. La ville a été pensée pour réduire le coût énergétique induit par la climatisation artificielle.
Les chambres des étudiants ont encore une vue sur le désert, mais bientôt, la ville ceinturera la citée universitaire : 40 000 habitants sont attendus d'ici à 2030. Les premiers habitants devraient arriver en 2017.
Dessinée par le cabinet d’architectes britannique Foster and Partners, la ville est une oasis à faible empreinte carbone. Sur une surface de 6 km2, 10 % a été construit ou est en cours d’édification.
Sur les belles façades de couleur ocre des chambres d’étudiants, des moucharabiés offrent une ventilation naturelle et empêchent le soleil de rentrer en direct dans les studios, tout en laissant passer la lumière.
Comme au sommet de la bibliothèque, tous les toits de Masdar city sont couverts de panneaux solaires. Une centrale photovoltaïque de 10 mégawatts a également été aménagée aux abords de la ville.
« Chaque détail de la ville est un objet de recherche en soi ». Nawal Al Hosany, responsable du développement soutenable de Masdar.
Des cafés et des restaurants ouvrent au fil du temps, apportant de la vie à la ville. Deux petites filles, Sophia et Nicola, profitent de pouvoir jouer à l’ombre et dans l’air frais sur l’une des places de Masdar city.
Dans ce pays où les températures atteignent 50° et où chaque goûte d’eau doit être dessalée, le design passif permet de réduire le coût énergétique. L’exposition solaire a été diminuée de 90 % afin de réaliser des économies d’air conditionné. Les fenêtres, par exemple, ne couvrent pas plus de 30 % des façades.
L'Emirat d'Abu Dhabi veut passer de simple fournisseur d’énergie à une économie du savoir dans les énergies propres du futur. D'où la création du Masdar Institute of Science and Technology (MIST), en étroite coopération avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT Cambridge).
Ce laboratoire urbain géant accueille 491 étudiants et 93 professeurs. Masdar commence également à attirer des entreprises. En janvier 2014, Siemens y a établi son siège social pour le Moyen Orient : 800 employés y travaillent. Et, au mois de mars 2015, l’Agence Internationale de l’Energie Renouvelable (Irena) a ouvert ses portes sur le site de Masdar.
Les façades des laboratoires universitaires sont recouvertes de trois couches d’isolants ingénieusement superposées : un film plastique et une couche d’air, afin d’apporter une lumière naturelle, auxquels s’ajoute un miroir réfléchissant les rayons brûlants du soleil.
Cette tour à vent en acier recyclé, haute de 45 mètres et équipée de brumisateurs, permet de rabattre les courants d’air afin d’apporter de la fraîcheur. Les architectes de Foster and Partners ont modernisé les badgirs, ces tours à vent qui ventilaient autrefois les maisons.
Sur les 491 étudiants, près de la moitié sont des jeunes filles et 45 % sont originaires des Emirats Arabes Unis. Une trentaine de nationalités différentes se côtoient sur le campus. Pour Kamel Adouane, étudiant français au MIST (au centre avec l'écharpe rouge) : « Masdar, c’est la Ferrari des universités » !
Au MIST, tout est fait pour attirer les « cerveaux » du monde entier : les études sont gratuites, et à part la nourriture, chaque dépense est prise en charge : logement, ordinateur portable, assurance maladie, billets d’avion, cours de sport dans ce moderne gymnase.
Une architecture de haute technologie se mêle avec les pratiques arabes ancestrales de construction, revalorisant le savoir faire local. Ici, le bâtiment d'incubateur de start-up.
Le développement durable est un concept nouveau au xEmirats Arabes Unis.
Ironie de la situation: l’argent du pétrole finance la recherche sur les énergies renouvelables. Par rapport à l’Europe, les montants alloués aux laboratoires sont multipliés par dix. Ici, les façades des laboratoires universitaires.
L’empreinte écologique des Emirats Arabes Unis est la troisième au monde par habitant. Si tous les Terriens adoptaient leur mode de vie, il faudrait cinq planètes afin de subvenir à leurs besoins.
Au MIST, un groupe de travail, dirigé par un Français, a pour axe de recherche : le stockage de l’énergie thermique solaire.
Conscients de la limite de leurs ressources, les Emirats Arabes Unis préparent l’après-pétrole pour rester leader dans le marché de l’énergie. Objectif : diversifier leurs sources, en privilégiant le solaire. En témoigne Shams 1, centrale thermique solaire à concentration, située à 120 kms de Masdar.
Jusqu’à la construction, en 2014, d’une pharaonique centrale en Californie (280 MW), c’était la plus grande au monde.
Shams 1 permet d’éviter de rejeter dans l’atmosphère 175 000 tonnes de CO2 par an, comme si 15 000 voitures s’arrêtaient de rouler.
Le site s’étend sur l’équivalent de 285 terrains de foot. Sa capacité, en plein rendement, s’élève à 100 mégawatts, soit la consommation de 20 000 foyers.
« C’est très intéressant ce qui se passe aux Emirats Arabes Unis : aujourd’hui, ils sont les rois du pétrole. Demain, ils seront les rois du soleil ». Nicolas Calvet, premier - et jusqu’à présent seul - professeur venu de France.