Plozévet : "ça va s'arrêter quand le progrès ?"

Photography : Jérômine DERIGNY     Texts : Aude RAUX    

Bordé d'un champ de maïs, le collège Henry Le Moal abrite une cuisine dans laquelle Philippe Bosser mitonne des petits plats pour... 250 demi-pensionnaires et 20 internes.
Philippe Bosser prépare des crèmes brûlées avec du lait qu'il a acheté directement à la ferme de David Le Gouill.
L'exploitation de David Le Gouill est composée d’un troupeau de 60 vaches laitières et 60 génisses ainsi que de 115 hectares de terres. Construite il y a 20 ans, la salle de traite va être modernisée.
David le Gouill et son père nettoient la salle après la traite du soir. Pour l'aménager, ils vont devoir emprunter.
Autre gros investissement : pour l'achat de ce tracteur entièrement informatisé.
"Si je ne peux plus sortir mes vaches pour qu’elles pâturent dans les prairies de mars à septembre, j’arrête tout. L'élevage hors-sol, très peu pour moi." confie David Le Gouill.
Philippe Bosser réceptionne le poisson frais en provenance du vivier d'Audierne. "Toute la difficulté, c’est de trouver l’équilibre entre ce que les élèves ont plaisir à manger et ce qui est bon pour leur santé. Un jour par semaine, je leur cuisine du poisson tout frais, comme du filet de julienne ou du dos de cabillaud. Hors de question de frire du poisson pané. C’est pas de l’éducation au goût, ça."
Véronique Le Scaon, maraîchère, se souvient : "J’ai fait mes premiers marchés à l’âge de 15 ans. Jusque dans les années fin 1970 - début 1980, les 7 kilomètres de côte de Plozévet étaient longées de maraîchages. Les habitants avaient surnommé ces terres "le croissant d'or". Il y avait 88 exploitations. Il ne reste plus que la nôtre. On est le dernier des Mohicans."
Avec son mari, Philippe, ils pratiquent une agriculture qu'ils qualifient de "traditionnelle" sur leur exploitation d'une surface de 6,8 hectares : "On a des vieux outils, ça oui ! Tant pis si on passe pour des péquenauds. Au moins, on a gardé le contact avec la nature. Quand je vois certains agriculteurs tout en haut de leur tracteur plein d’électronique, je me demande quand est-ce que ça va s’arrêter le progrès."
"Si j’ai de moins en moins de difficulté à trouver localement des légumes et des fruits bio, c’est plus compliqué pour la viande. Heureusement, ça commence à bouger : un abattoir, situé à 8 kilomètres, vient de recevoir l’agrément, reste à trouver le fournisseur qui a le label."
Parmi ces fruits bio : les pommes que Jean-Pierre Sclaminec cultive sur une surface de 4 hectares. A la place des produits chimiques, il concocte de prodigieux répulsifs "verts", notamment à base d’algues et d’extraits de plantes, pour protéger ses cultures des parasites. Il dit : « ce n’est pas le progrès qui doit être remis en cause mais sa démesure et ses dérives. Moi, j’ai choisi l’agriculture biologique par respect pour la nature et parce qu’elle me permet de travailler de façon innovante. »
David le Gouill laboure son champ avant d'y semer du maïs.
On le retrouve en train de contrôler ses semis de betteraves fourragères, destinées également à l'alimentation de son troupeau.
Autre difficulté que rencontre Philippe Bosser : celle d'acheter en circuit court du pain. Ces petits pains industriels sont "exportés" depuis Nantes située à plus de 200 kilomètres.
En attendant de pouvoir cuisiner de la viande bio, Philippe Bosser achète des saucisses et des côtes de porc à Socopa Viande. Ce groupe se fournit, notamment, dans l’élevage de Jean-Jacques Legoff, situé à six kilomètres de Plozévet, sur la commune de Guiler-sur-Goyen.
170 truies composent son atelier porcin de naisseur-engraisseur. « On n’est pas dans l’industriel, calme d’entrée de jeu Jean-Jacques Le Goff. Le fiston, lui, travaille dans une vraiment grosse boutique de 800 truies. » Dans une région qui concentre un peu plus de 60 % de l’élevage du cheptel porcin national et où l’on compte 8 millions de porcs pour 3 millions d’habitants, effectivement, tout est relatif.
Afin de les sensibiliser à une alimentation naturelle et respectueuse de l’environnement, Philippe Bosser permet aux internes de participer, à tour de rôle, le mercredi après-midi, à la préparation de leurs dîners. C'est ainsi que Killiam, élève en 4ème, s'est retrouvé à mettre la main à la pâte... à lasagnes.
Erwan Tréanton, maraîcher, pratique une agriculture biologique sur 50 hectares de terre : « Quand j’ai débuté, se souvient-il, j’ai fait un remplacement dans une exploitation intensive. Après avoir passé du désherbant sur des céréales, j’ai eu mal à la tête et j’ai été pris de vomissements. Jusqu’à devenir allergique aux produits phytosanitaires. Comme j’aime ce boulot et que je n’ai pas envie d’y laisser ma peau, j’ai choisi la filière bio. J’en ai trop connu des agriculteurs qui, quelques mois après leur retraite, sont morts à force d’avoir manipulé ces foutus produits chimiques. Si on peut cultiver et manger propre, pourquoi ne pas le faire ? »
5h40 un jeudi, jour de livraison. Alors que le bourg est endormi, Philippe Bosser reçoit une cargaison de gruyère et de reblochon, en complément de la tomme de Nevet qu'il achète en direct à la ferme, ainsi que des yaourts, le seul dessert qu'il ne concocte pas lui-même !