On les appelle les Zamazamas

Photographie : Guillaume COLLANGES     Textes : Sébastien DAYCARD HEID    

C'est dans ces montagnes de la région de Barberton que l'aventure de l'or a commencé pour la première fois en Afrique du Sud. Aujourd'hui, elles servent de refuge à des centaines de mineurs illégaux, travaillant tel des souris dans les mines en déclin.
Mkhulu Mabaso a travaillé 40 ans dans les mines de Barberton, à l'époque où les compagnies minières versaient aux mineurs un salaire de misère, à peine suffisant pour nourrir une famille. A la retraite, il ne touche aucune pension et reste stoïque, alors qu'en face de sa maison en terre battue, la mine de Lily continue de produire plusieurs kilos d'or par jour.
Raymond, 54 ans, est trop vieux pour accompagner les mineurs illégaux dans les galeries d'aération. Il préfère se rendre à El dorado, la mine qui l'employait dans sa jeunesse. A raison de huit heures par jour, il filtre ses terrils et récolte en une semaine un gramme d'or qu'il revendra 100 rands (10 €).
Dans le district de Lomshiyo, la population locale n'a jamais eu accès à l'électricité et à l'eau, réservés aux activités de la mine. Cette année, le raccordement électrique est enfin en cours de réalisation. Quant à l'eau potable, elle est livrée chaque semaine par camion citerne.
Dans les mines illégales, les cartes sont rebattues, car à part les récoltes dans les fermes majoritairement blanches, il n'y a pas d'autre travail. Dans cette région du Mpumalanga, le taux de chômage atteint 80 %.
Mozambicains, swazis, sud-africains, ils sont nombreux à venir tenter leur chance dans les mines de Barberton. Et ne vivent que dans l'attente d'une descente. Entre deux tentatives, ces illégaux font passer le temps... à la bière et au joint.
Les mineurs les plus prévenants descendent pour assurer le quotidien de leur famille. Avec un niveau de scolarité très faible, s'en sortir autrement relève de la gageure. Suivant cet exemple, ces enfants feront peut-être partie de ces jeunes, qui, dès 14 ans, quittent l’école pour devenir des illégaux.
Après une nuit passée à chercher l'entrée clandestine de la mine, "Rasta" et son équipe rentrent bredouille. Les collines autour de Barberton regorgent de galeries et d'anciens puits d'aération.
Dans cette forêt dense, sur le domaine privé de la mine, la quête du puit d'accès peut s'avérer longue et périlleuse. A pas de loup en file indienne, les mineurs font une dernière tentative avant que le soleil ne se lève.
Au petit matin, Rasta et son équipe trouvent un puit d'aération. Avant de s'y engouffrer, il faut juger si l'accès est sûr. Parfois les gardiens de la mine rebouchent ces puits, piégeant les illégaux comme des rats.
Au petit matin, l'équipe trouve un puit d'aération. Le trou fait à peine 80 cm de large. Petit et râblé, Ihumsha y plonge avec agilité, pour tester si une entrée est possible.
Après avoir marché toute la nuit, Rasta et son équipe reprennent des forces au petit matin. Au menu : gateaux secs, corned beef, sodas et joints.
Spihwe vit seule avec ses cinq enfants, depuis la chute de son époux dans le "mboimasa", un puit d'aération aussi connu que dangereux. Dans son cas, le sheriff de l'expédition a organisé les funérailles.
Depuis la mort de leur père, ces enfants ne savent pas ce qu'ils vont devenir. La nouvelle maison qu'il leur construisait ne sera jamais terminée.
Ces mineurs illégaux regagnent le village après avoir tenté leur chance dans une mine désaffectée. Les sacs peuvent peser plusieurs dizaines de kilos.
Des mineurs illégaux tentant leur chance dans une mine désaffectée. Cet ancien mineur examine la roche pour savoir si elle contient de l'or.
Sous terre, les conditions de vie sont rudes. S'il existe des robinets d'eau potable dans les mines en activité, les illégaux n'ont parfois pas d'autre choix que de boire l'eau à même le sol.
Près de Barberton, les mineurs illégaux passent une à deux semaines sous terre. De leur solidarité dépend leur survie.
A la sortie, après plusieurs semaines passées sous terre, il faut quelques heures pour se réhabituer à la lumière. La diode rouge des petites lampes frontales est le code de reconnaissance des mineurs illégaux.
Dans la forêt tropicale, Dean concentre l’or au mercure grâce à une sorte de machine à laver. Ils récupéreront en partie le mercure, et le reste ira polluer la rivière…
Une fois le minerai brassé et concassé, il faut repérer l'or capturé par le mercure. Avec l'expérience, les mineurs illégaux savent parfaitement le reconnaître.
Plusieurs étapes de filtrage et de brassage sont nécessaires pour que la moindre pépite d'or soit capturée par le mercure.
Au final, le mercure liquide est filtré à travers un tissu fin. L'or, solide, reste à la surface, sous forme de pépite.
Les amahumushas vivent dans l’instant et s’enivrent de bière et de jeunes filles. Agées parfois de 14 ans, elles sont livrées en pâture au fléau qui mine l’Afrique du sud, le sida, qui provoque un décès sur quatre.
Entre Johannesburg et Welkom, le programme de construction d'habitations en dur, dirigé par l'état Sud Africain, remplace les maisons en tôle des townships. Mais les changements tardent à se diffuser dans tout le pays.
Pour Dan Mokofeng, avocat en charge de la défense des droits des habitants du township de Thabong, c’est en 1998 que les mineurs illégaux ont commencé à prospérer. « L’Anglo American a alors commencé à partir et les banques ont récupéré les créances que la compagnie détenait sur les logements de 3 000 mineurs".
Welkom. Township de Thabong. Aux côtés de l'avocat Dan Mokofeng, les habitants de Thabong manifestent pour obtenir l'abandon des créances des banques sur leur logement.
Welkom. Township de Thabong. Aux côtés de l'avocat Dan Mokofeng, les habitants de Thabong manifestent pour obtenir l'abandon des créances des banques sur leur logement.
Paul travaillait dans cette mine. Depuis sa fermeture, il se bat pour trouver un travail et récupérer sa maison.
Dans la région de Welkom, la plupart des mineurs restent plusieurs mois sous terre. George a travaillé une semaine comme mineur illégal, avant d'abandonner. Le pot de vin à verser aux gardiens pour accéder à la mine coûtait 300€ aller-retour. Il fallait attendre d'avoir récolté assez de métal jaune pour revenir à la surface. Pour ce sud-africain très croyant, l'or est pourtant un don de dieu.
En Afrique du sud, les terrils de mines d'or font partie du paysage de toutes les grandes villes minières. Rien ne pousse sur ce sol stérilisé par les produits chimiques. Par grand vent, la poussière se soulève et envahit les rues de Thabong.
Paulinah a repris la chambre de son mari dans le G-hôtel, entre deux ateliers clandestins. Toute de bleu vêtue, elle porte l’habit de deuil xhosa. Son mari est mort, lorsque le feu s’est déclaré à la mine de Saint-Hélèna.