Inde. Ashalayam, la maison de l'espoir

Photographie : Eléonore HENRY DE FRAHAN     Textes : Aude RAUX    

Pour offrir un avenir aux enfants des rues de Calcutta, l'association Ashalayam a ouvert vingt pensionnats et quatre refuges de nuit. Aujourd'hui, 550 enfants retournent sur les bancs de l'école ou suivent une formation professionnelle. Font du criquet et du rugby. Réapprennent à se lever tôt. Et mangent à leur faim des plats parfumés. Chaque mois, le dernier dimanche, les plus anciens organisent une kermesse pour donner l'envie de rejoindre ( lire plus ...)

Inde/Calcutta


Don Bosco Ashalayam



Les enfants de Calcutta
Calcutta est une ville grouillante de 14 millions d'habitants. Dans ses rues et ses gares, 100 000 enfants grandissent, livrés à eux-mêmes. Des garçons et quelques filles, partis pour échapper à la violence d’un père alcoolique, d’une mère prostituée, d’une belle-mère tyrannique. Débarqués dans cette ville enveloppante, ils tentent de survivre. En mendiant, en cirant des chaussures, en volant, en se livrant à la prostitution. Ils trouvent de la nourriture dans les poubelles. Ils boivent au robinet public. Et se lavent à même le fleuve sacré, le Gange.

L’enseignement pragmatique de Don Bosco
Aux yeux de l’écrivain Huysmans, « Don Bosco était, avec St Vincent de Paul, la personne qui aura le plus apporté d’amour aux garçons abandonnés ». John Bosco est né en 1815 dans la campagne italienne près de Turin. Orphelin de père, sa mère était trop pauvre pour l’envoyer à l’école. Touché par soif d’apprendre, un paysan proposa de lui donner des leçons particulières. Très vite, il rattrapa son retard et pu ainsi rejoindre l’enseignement classique. A 20 ans, il commença des études de théologie à Turin où il découvrit la misère des enfants des rues, en pleine émergence de la société industrielle. Ordonné prêtre en 1843, il mit en place des cours du soir pour les garçons démunis. Il ouvrit également sa première « Festive Oratory ». Chaque dimanche, ces petites églises accueillaient des centaines d’enfants. Au programme : études, prières, chants religieux, sermons et, surtout, jeux. Parallèlement, afin de sortir les enfants définitivement de la rue et les prévenir de la délinquance, Don Bosco créa des pensionnats. Les garçons de moins de 16 ans y recevaient un enseignement général et professionnel. Ils apprenaient les métiers de la couture, la cordonnerie, la reliure ou encore la typographie. Peu à peu, le gouvernement et les autorités ecclésiastiques s’intéressèrent à cette pédagogie pragmatique. A tel point que des foyers furent créés sur le même modèle un peu partout en Italie puis à l’étranger. Aujourd’hui, on en recense dans plus de 90 pays à travers le monde, dont l’Inde.

Les murs protecteurs
A Calcutta, un père salésien, Anthony Thaiparambil, a fondé il y a 20 ans l’association Don Bosco Ashalayam. Aujourd’hui, ses responsables recueillent 550 enfants de 5 à 18 ans. Une fois apprivoisés, ils retournent sur les bancs de l’école ou suivent une formation professionnelle. Les adolescents, apprentis pâtissiers ou mécaniciens, passent leurs matinées les mains dans la farine ou le cambouis avant de participer à un match de criquet ou de rugby. Chaque mois, le dernier dimanche, les plus anciens organisent bénévolement une méla, une kermesse, pour donner l’envie de rejoindre Don Bosco Ashalayam aux petits qui continuent de faire des rues et des gares leur lieu de vie. Pendant 24 heures, une centaine d’entre eux redeviennent des enfants en découvrant les murs protecteurs du plus grand foyer de la ville. Après s’être lavés, ils regardent s’animer à la télé les héros de Bollywood, tentent leur chance pour gagner des tee-shirts propres aux jeux de hasard, rient devant les chorales, les concerts et les lectures proposés par les plus grands avant de s’endormir pour une longue nuit réparatrice. Le lendemain matin, théâtre. Installés en cercle, les enfants écoutent la troupe du Kolkata creative art performance. L’histoire conte celle de deux filles réfugiées dans une gare à qui il arrive malheur. Lorsque l’une des comédiennes annonce la morale : « Ne vous faîtes pas de mal et ne faîtes pas de mal aux autres. Ne buvez pas d’alcool, ne fumez pas, ne prenez pas de drogue, ne volez pas … allez trouver refuge au foyer d’Ashalayam  », les enfants, déchaînés, répondent en chœur : « OUI » !  En sanscrit, Ashalayam signifie la « maison de l’espoir ».

La fermeture éclair
Chamdana est arrivée il y a deux jours dans le foyer de nuit des filles. Elle ne sait pas quel âge elle a. Peut-être huit ans. Elle est orpheline. La fermeture éclair de sa robe bleue à petites fleurs roses n’est pas fermée jusqu’en haut, laissant apercevoir des traces de brûlures dans son dos. Sa sœur la battait. Elle devait obéir à tous ses ordres : faire la vaisselle, laver le linge, préparer les repas … A chaque fois qu’elle refusait, sa sœur la cognait. Fort. Le haut de son bras est tordu. Alors, elle a pris un train. Sans savoir où aller. Elle est descendue dans l’une des gares de Calcutta. 

Le père Mathew
Le directeur de Don Bosco Ashalayam, n’est jamais seul. Quand le père Mathew Georges, travaille dans son bureau, sa porte toujours ouverte, les ados s’y engouffrent par grappes. Quand il marche dans la cour, des petites mains s’accrochent à la sienne. Quand il monte dans sa camionnette, des enfants le suivent en riant et criant son nom jusqu’au portail. Quand il visite un foyer, il s’assoit dans un fauteuil et moins d’une seconde plus tard, trois petites filles viennent s’agripper à son cou et deux autres se poser sur ses genoux.

Leonardo di Caprio sèche au vent
Sur le toit en terrasse, les garçons font sécher le linge. Leurs tee-shirts à l’effigie de Leonardo di Caprio et leurs jeans délavés sont gonflés par le vent. Au loin, très loin, on aperçoit le pont qui relie le quartier de Howrah au centre de Calcutta. Les bruits de la circulation sont étouffés. Un vent d’apaisement s’engouffre entre les murs de ce foyer. Des murs qui protègent de la violence de la rue et des gares.

L’emploi du temps au foyer des adolescents de Howrah :
Réveil à 5h30
Gymnastique
Petit déjeuner
Prière
Ecole ou formation professionnelle de 8h30 à 12h30
Déjeuner
Ecole ou formation professionnelle de 13h30 à 15h30
Sport
Dîner à 20h
Jeux et musique
Prière
Extinction des feux à 21h

La perte de la liberté
Les premiers mois, beaucoup d’enfants fuguent du foyer. C’est très dur pour eux de respecter un emploi du temps. Très dur de ne plus aller et venir sans penser à rien. De ne plus transgresser tout un tas d’interdits. De ne plus traîner avec sa bande de copains. De ne plus fumer, boire, prendre des substances. De ne plus avoir quelques roupies dans ses poches, même élimées.

La vie dans des valises
Dans un couloir, des piles de valises en acier sont superposées les unes sur les autres. Chacune est fermée à l’aide d’un petit cadenas. Chacune abrite la vie d’un garçon. 

Une prière universelle
Les enfants sont pour moitié de confession musulmane et pour l’autre moitié hindouiste. Les prières du matin et du soir sont adressées « non pas à un Dieu chrétien, musulman ou hindouiste mais à un Dieu universel » : « Oh Dieu, ton nom résonne dans toutes les créations. Partout, ton nom est entendu ». A l’entrée du foyer des grands garçons à Howrah, un vitrail représente le croissant des Musulmans, les deux mains liées, symbole des Hindouiste ainsi que la croix des Chrétiens.

La réflexion du soir
Chaque soir, avant d’aller dormir, un travailleur social invite tous les adolescents du foyer à faire un petit bilan de leur journée. C’est l’occasion de parler ensemble de ce qui ne va pas et de réfléchir à la façon d’améliorer la vie.

Avec les enfants
Avant toute admission, un contrat oral est passé : ne pas voler ni mentir, ne pas se droguer ni boire d'alcool, ne pas se battre ni exploiter de plus faibles, étudier et économiser l’argent que l’on gagne avec les créations artisanales en le plaçant sur un compte. A Ashalayam, on ne travaille pas « pour » mais « avec » les enfants de la rue. Ils sont d’ailleurs des acteurs à part entière de la vie quotidienne des foyers : ils font la cuisine, assurent le ménage et participent aux décisions importantes.

1098 … La Child Line
Depuis 1999, lorsqu’une personne croise un enfant en détresse, il n’a plus aucune excuse pour passer son chemin. Il lui suffit de composer le 1098. Le numéro de la « Child Line ». Cette permanence téléphonique nationale, gratuite, ouverte 24h / 24, permet de secourir les enfants. Au bout du fil, des correspondants interviennent pour envoyer une assistance médicale, organiser un rapatriement, assurer une protection contre les abus sexuels ou encore donner des informations sur les organismes d’aide à l’enfance. Ashalayam reçoit en moyenne 25 appels par jour. Sur les 66 villes qui participent à ce réseau en Inde, ce nombre s’élève à 150. Près de la gare de Howrah, une affiche peinte sur un mur montre un petit garçon en train de téléphoner au 1098, le sourire aux lèvres.

Les écoles de la rue
Au coin d’une rue, dans le quartier touristique de Sudder street, sept enfants, assis sur une bâche en plastique posée sur le sol, recopient l’alphabet sur une petite ardoise. Tous les mardis et jeudis, de 8h30 à 11h30, Lata Dash, une salariée de Don Bosco Ashalayam vient gratuitement faire classe aux petits de la rue. Au total, 20 enfants sont inscrits à cette école sans toits. Mais rares sont ceux qui viennent régulièrement. Leurs parents les obligent à travailler. Pour ces familles qui vivent dehors, l’école représente une perte de revenus.  Sundary, une fille de 10 ans, est arrivée en retard. Sundary revient du marché. Pour  5 roupies par jour, elle écaille des poissons. Sa peau sent la mer.
Lata Dash tient un registre dans lequel chaque petit est répertorié : « Nom de l’enfant : Puja. Age : 5 ans. Adresse : Sudder street, près de la caserne des pompiers sur le trottoir. Occupation : ramasse des papiers sales dans la rue. Etude : depuis deux mois et demi ».
C’est en 1999 qu’Ashalayam a mis en place ces écoles de la rue. Aujourd’hui, il en existe dans 23 quartiers ou villages, permettant à plus de 700 enfants de recevoir une instruction. L’objectif est de les remettre à niveau pour qu’ils soient capables, au bout de six mois, d’intégrer une école publique. S’ils y parviennent, Ashalayam prend alors en charge tous leurs frais d’achats de cahiers, de livres, d’uniforme et d’inscription.
 
La grand-mère et ses deux orphelins
Une vieille femme en sari doré sort du bureau du père Mathew Gorges. Dans sa main fripée, il lui a glissé un papier sur lequel sont indiquées des adresses d’orphelinats. A ses côtés, un garçon de cinq ans et une petite fille de huit ans. Elle traverse la cour. Franchit la grande porte. Dans la rue, elle croise le regard d’une étrangère. Elle s’arrête. Plante ses yeux sans regards dans les siens. Désigne ses deux enfants. Fais signe qu’elle les lui donne ... Non. Elle insiste ... Non. Elle reprend son chemin. S’arrête. Tente un nouveau geste ... Non. Alors la vieille femme couvre de son sari doré transparent son petit garçon et sa petite fille. Et passe le coin de la rue, les deux petites silhouettes nichées près d’elle, en ombre.

Une Méla pour apprivoiser les enfants
10h : Un petit groupe de cinq garçons jouent tranquillement avec des cailloux. Sur le trottoir, ils font une partie de dames.
Ils sont arrivés tôt. La Méla ne commence qu’à 13h. Au compte goûte, d’autres enfants les rejoignent.
12h : 110 garçons jouent violemment avec des cailloux. Sur le trottoir, ils se battent. 
Bekash se tient à l’écart. Il a huit ans. Autour de son cou, il a noué un gris-gris pour le protéger de la fièvre. Sa chemise déchirée aux manches est trop longue pour lui. Ses yeux errent dans le vague. Indifférent aux autres qui se battent près de lui. Indifférent à la pluie de mousson qui tombe à grosses goutte sur ses épaules. Appuyé contre le mur, il fume. Et de son autre main, suce son pouce.
13h : Les portes s’ouvrent. Enfin ! Les garçons, soudainement intimidés, entrent dans le foyer en rang et en silence. Depuis 10 ans, les adolescents d’Ashalayam organisent une Méla (« kermesse » en Hindou) chaque dernier dimanche du mois pour ceux qui vivent encore dans la rue ou la gare. A leur tour de tendre la main. L’idée de la Méla est de faire venir au foyer ces enfants afin de leur montrer comment on y vit. Pour les apprivoiser. Pendant 24 heures, ils vont pouvoir se poser, se mettre entre parenthèses.
Après avoir enregistré leurs noms et leur âge et pris au passage un petit bonbon, les garçons vont se laver dans les douches communes en plein air. L’eau savonneuse mousseuse ruisselle sur le ciment. Un petit lave son caleçon et l’enfile de nouveau, tout mouillé. Un autre aide un plus grand à enfiler un tee-shirt. Son bras est coupé. Aucun d’eux ne porte de chaussures.
Une fois propres, ils se retrouvent dans la salle de télévision. Tous fixent l’écran sur lequel s’animent des héros de Bollywood. Dès qu’ils triomphent des méchants, des cris de hourrah fusent. Une pub pour dentifrice défile. Devant un parterre de dents cariées, un homme en blouse blanche explique les bienfaits d’un dentifrice. 
Pendant ce temps, dans la cour, de grosses marmites mijotent sur les braises. Les garçons du foyer ont épluché des kilos et des kilos de pommes de terre et de légumes verts. Pas moins de 250 personnes sont attendues : en plus des enfants des rues, les filles du foyer de nuit situées en face ne devraient pas tarder tout comme des enfants venus d’autres maisons de Don Bosco.
En milieu d’après midi, commence la kermesse. Les pensionnaires ont imaginé toute une série de jeux : Là, il faut passer un ballon dans sans toucher une rangée de briques, là en mettre un dans un filet de basket, là encore encercler des quilles avec des cerceaux … Chaque gagnant reçoit un cadeau : un tee-shirt vert pomme au logo de la Child Line, un savon, un peigne …
Pour leurs petits invités, les grands ont également prévu un enchaînement de spectacles. Chorale, pièce de théâtre, lecture, concert et danse déhanchée façon boys band ! Même les petites filles du foyer de nuit sont de la fête. Devant un rideau blanc sur lequel est inscrit en lettres de couleurs « We are the world », elles esquivent quelques pas, dos au public, se tournent, puis s’en vont de la scène à peine la bande son terminée !
Le soir, affamés, les enfants prennent une assiette, s’assoient par terre en rond d’oignons dans la cour et dévorent les légumes, le riz et les chapatis accompagnées de sauces qui parfument le palais.
Après la prière universelle du soir, 70 garçons se retrouvent dans le grand hall du foyer. Ils s’allongent à même le sol. Pour une nuit plongée dans la pénombre et remplie d’un sommeil réparateur. Ici pas de policiers avec leurs matraques. Pas de néons blancs aveuglants. Pas d’annonces au haut parleur du départ du prochain train. Ici, le silence n’est peuplé que par les petits ronflements des enfants.    
Le lendemain matin, lever à 6h. Après un petit déjeuner et des mouvements de gymnastique, c’est l’heure du théâtre. La troupe du Kolkata creative art performance arrive en minibus. Installés en cercle dans la salle de télévisions, les enfants les écoutent la bouche ouverte et les yeux écarquillés. L’histoire conte celle de deux filles réfugiées dans une gare à qui il arrive malheur. Lorsque l’une des comédiennes annonce la morale : « Ne vous faîtes pas de mal et ne faîtes pas de mal aux autres », les enfants, déchaînés, répondent en chœur un puissant : « OUI » !
La Méla se termine. Sur les 110 enfants à qui le père Mathew Georges a proposé de reseter pour quelques nuits, seuls cinq ont accepté de se laisser apprivoiser.

La gare de Howrah
Devant le quai n° 7, dans le hall de la plus grande gare de Calcutta, un enfant est allongé par terre. Inconscient. L’esprit parti dans les volutes de ce qu’il a inhalé. Deux taches d’eau s’écoulent le long de son corps. Une petite fille est accroupie, figée, à ses pieds. Les voyageurs ne s’arrêtent pas. Robin, l’un des travailleurs sociaux de Don Bosco se baisse, lui bouge doucement la tête. L’enfant ne réagit pas. Il s’en va chercher du secours.
Devant le quai n° 3, deux enfants se sont assoupis sur le sol, dos contre dos. 
Devant le quai n° 11, un enfant marche, sa chemise nouée autour de la taille. Au bout de son bras, un sachet plastique enveloppe son maigre repas : du riz en sauce accompagné de quelques bouts de viande filandreuse.
Devant le quai n° 1, un groupe d’enfants se chamaillent contre un grand qui menace de les frapper. L’un d’entre eux a fermé son pantalon à l’aide d’une rangée d’épingles à nourrice.
La gare est un lieu de passage pour tous, sauf pour ces enfants.
La gare leur appartient, mais eux n’appartiennent à personne.
En plein cœur de Howrah, deux éducateurs assurent une présence derrière un petit stand. De 8h à 20 h, tous les jours de la semaine, ils se tiennent prêts pour recueillir un enfant qui a besoin de parler ou a été victime d'un accident.

La clinique mobile
Après deux heures de route crevée par les nids de poule, deux heures de concerts de klaxons, de pots d’échappement fumants, de sirène hurlante, la petite équipe de la clinique mobile décharge la camionnette blanche aux portes du bidonville de Konnagar, situé à cinquante kilomètres de Calcutta. Une quarantaine de familles y vivent, la tête sous les tôles ondulées, les pieds dans la terre gadoueuse. Une fois par mois, la camionnette blanche se vide de ses médicaments, ses vitamines, sa balance et son stéthoscope pour examiner ces patients aux paumes de misère. En blouse blanche, derrière un petit bureau, dans un local exigu de Don Bosco Ashalayam, la coordinatrice de la clinique mobile, également diplômée en médecine, une infirmière ainsi qu’un médecin, écoutent patiemment les doléances des patients. Un petit arrive, les bras tendus le long de son maigre corps, les sourcils froncés, le ventre ballonné : Malnutrition, démangeaison, toux. Après s’être pesé et mesuré, il repart, un petit sachet en papier dans sa main contenant des médicaments à l’unité.
Créé en juillet 2003, le programme de la clinique mobile permet d’apporter une assistance médicale aux enfants des rues mais aussi d’intervenir en amont auprès des familles les plus démunies. Son équipe assure les premiers soins et prodigue des conseils en matière d'hygiène et de santé. En tout, ils interviennent dans onze lieux différents.

En chiffres
- Ashalayam gère 20 foyers dans lesquels vivent 550 enfants et 4 refuges de nuits.
- Plus de 3000 enfants sont suivis dans les rues et les gares par les éducateurs d’Ashalayam.
- En moyenne, 3000 enfants par mois sont aidés par la Child Line qui leur offre assistance, conseils et possibilités de rapatriement.
- Chaque mois, cinq enfants en moyenne sont réinsérés dans leur famille et suivis.
- 700 enfants sont alphabétisés ou suivent une remise à niveau scolaire et reçoivent une éducation générale. 350 d’entre eux sont scolarisés dans 22 écoles officielles, publiques ou privées.   
- Plus de 200 enfants-travailleurs suivent une scolarisation à long terme dans différentes écoles ou institutions.
- Plus de 700 enfants reçoivent gratuitement des soins médicaux et des conseils en alimentation et hygiène grâce à la clinique mobile d'Ashalayam.
- 100 jeunes suivent une formation professionnelle dans les 25 centres d'apprentissage d'Ashalayam ou dans des écoles professionnelles à l'extérieur.
- Les jeunes garçons ou filles vulnérables au trafic de drogue ou aux abus sexuels sont suivis à travers le Projet Sanjog puis réhabilités dans la vie professionnelle.
- 115 élèves suivent des cours d'informatique.
- 90 travaillent à l'extérieur dans divers secteurs.
- 45 jeunes ont acheté un terrain, 28 ont construit leur maison et 24 se sont mariés.
- Quatre personne de confession salésienne travaillent en collaboration avec 50 personnes, de toutes confessions et de formations diverses.

Témoignages

- « Je suis arrivé dans ce centre à 7 ans après avoir vécu dans la gare de Howrah. J’avais quitté mes parents qui me frappaient pour un oui ou un nom, dès que je désobéissais. J’y suis resté 11 ans. C’est grâce à Ashalayam que je suis devenu ce que je suis aujourd’hui. J’ai un travail : animateur social. Je m’occupe des enfants des rues. Comme j’ai vécu la même chose qu’eux, je les comprends. Je parle le même langage : celui de la rue. Ashalayam m’a structuré. Tous les matins, on se levait à 5h30 précise. Aujourd’hui, quand je me réveille à 7h30, je me dis : « Ce n’est pas bien, ressaisis-toi ». Il n’y a plus personne pour veiller sur moi. Je suis responsable de moi-même maintenant. ».
Robin, 20 ans, animateur à Dan Bosco Ashalayam 

- « Je suis resté cinq mois dans la gare. J’avais 8 ans. On ne pouvait jamais dormir une nuit d’affilée. La police nous donnait des coups de battons pour ne pas qu’on reste sur les quais. Le problème principal c’était la nourriture. Parfois, je ne mangeais pas pendant deux jours. Je buvais juste un peu d’eau. Je pleurais. Je regrettais : Mais pourquoi je suis parti de chez moi ? Mes parents sont morts quand j’avais cinq ans. J’ai été recueilli par mon oncle, mais ma tante me rejetait, elle avait déjà cinq enfants. Alors j’ai fui ».
Biswajit (ce qui signifie « celui qui a conquis le monde »), 19 ans. Pensionnaire dans le foyer des adolescents de Howrah

- « Quand j’ai découvert le foyer, je n’ai pas voulu rester et puis j’ai vu mes nouveaux copains qui apprenaient un métier et ça m’a donné envie. Là, je viens de finir des études d’électronique. J’ai fait le meilleur choix pour moi. Ashalayam c’est vraiment bien. C’est désormais ma famille. Je reviendrai toujours donner un coup de main pour les enfants ».
Biswajit

- « Mes parents me battaient. A 4 ans, je suis allé à la gare. J’ai pris le premier train pour Calcutta. Pour me faire un peu d’argent, je récupérais des bouteilles . Avec celles en acier, je me faisais 9 roupies ». 
Panjak, (ce qui signifie « Lotus »), 16 ans, pensionnaire dans le foyer des adolescents de Howrah

- « Et puis je suis arrivé au foyer. Les premiers mois, je me suis enfui trois fois. Je n’arrivais pas à m’adapter. C’était trop de contraintes. Maintenant, j’apprends un métier : forgeron. Et je suis capitaine de l’équipe de rugby. J’ai gagné une coupe en argent. Au mois de mai, je suis retourné dans ma ville, mais je n’ai pas retrouvé mes parents … Peut-être qu’ils sont morts. Je ne penserai plus à eux. Je dois les oublier ».
Panjak

- « Dans notre foyer, les enfants se sentent libres. C’est important, parce qu’à force de vivre dans la rue, on devient sauvage, on n’a plus aucune règle. Les gens n’ont pas de compassion pour eux. Ils les considèrent comme des animaux. Alors, nous, on les apprivoise. On n’essaye pas de les changer. Non, on les accepte tels qu’ils sont. Et puis, petit à petit, ils redeviennent des enfants. Ils sentent qu’on est là pour eux à chaque instant ».
Père Mathew Georges, directeur de Dan Bosco Ashalayam

- « A force de vivre dans la rue, les enfants deviennent sauvages. Les gens les considèrent comme des animaux. Nous, on les apprivoise. On n’essaye pas de les changer. Non. On les accepte tels qu’ils sont. On est là pour eux à chaque instant. Et puis, doucement, ils redeviennent des enfants ».
Père Mathew Georges

- « Si nous ne sortons pas les enfants de la rue, ils finiront forcément par être victimes de trafic ».
Père Mathew Georges, directeur de Dan Bosco Ashalayam

- « Kagol a quatre ans. Cela fait 6 mois qu’elle est ici. Elle ne veut pas retourner chez elle. Chez elle, c’est la gare de Howrah où vivent sa maman, son frère et sa soeur. Ce qu’elle aime le plus ici, c’est danser. »
Au foyer des petits de Maayer Asha

- « Priya a 7 ans, cela fait deux ans qu’elle est ici. Quand sa maman s’est remariée, son beau-père n’a pas voulu pas de ce témoignage du passé. Alors elle l’a emmenée à la gare de Howrah. Elle lui a dit : je vais chercher à manger. Elle n’est jamais revenue ».
Au foyer des petits de Maayer Asha

- « J’aime venir ici parce qu’ils donnent des feutres de couleurs et du papier. J’adore dessiner. Je voudrais rattraper mon retard et aller enfin à l’école gouvernementale ».
Amirul, 10 ans, vient à l’école des rues de Sudder Street depuis 2 ans.

- « Grâce à notre troupe de théâtre, nous faisons passer de nombreux messages auprès des enfants des rues : Ne buvez pas d’alcool, ne fumez pas, ne prenez pas de drogue, ne volez pas … allez trouver refuge au foyer d’Ashalayam ».
Soumita Banergee, coordinatrice du Kolkata creative art performance.

- « Ce que j’aime le plus pendant la Méla, c’est le moment où on regarde tous la télé. Je viens tous les mois ».
Sunil, 8 ans, enfant des rues depuis environ quatre mois. « Moi, c’est jouer à la kermesse pour gagner des cadeaux » Rajash, 7 ans, enfant des rues. 

- « Une très grande majorité des enfants qui vivent dans la rue sont amenés à se prostituer. Les chauffeurs de taxi les payent et les agents de police, eux, usent de leur pouvoir en les contraignant à le faire gratuitement »
Roop Sen, fondateur et responsable de Groupe Développement

- « Je vis dans la gare de Howrah. Ça doit faire peut-être quatre mois. C’est mon père qui m’a abandonné sur les quais ». Sunil, 8 ans, enfant des rues. « Comment fais-tu pour manger ? » demande Biswajit, un des adolescent animateur de la Méla. « Un homme qui balaye la gare me donne de la nourriture ». « En échange de quoi » ? « Gratuitement » répond Sunil en baissant la tête. « Vraiment » ? « Non » « Il abuse de toi » ? « Oui ».
    

Sanlaap


30 000 enfants prostitués à Calcutta
Selon l’ONG Ecpat France, l’Inde serait le plus important pays d’origine, de transit et de destination de mineurs trafiqués dans l’Asie du sud. A Calcutta, 30 000 enfants de 4 à 18 ans seraient forcés de se prostituer. Des filles pour la grande majorité. Les plus vulnérables viennent des villages reculés de la campagne du Bengale Occidental. D’autres, des gares et des rues dans lesquelles ils vivent, seuls, loin de leurs familles. Ou encore des red light area, ces bordels où leurs mères se prostituent. L’extrême pauvreté est l’une des causes principales du trafic des enfants.

Sanlaap
Indrani Sinha, la fondatrice et directrice de Sanlaap figure sur la liste des « 1000 femmes Prix Nobel de la Paix pour 2005 ». « Pendre la parole au nom des sans voix », tel est le slogan de Sanlaap. Fondée en 1987, cette ONG intervient auprès des enfants et des femmes vulnérables afin de faire valoir leurs droits. En 1999, Sanlaap a rejoint le réseau Ecpat de lutte contre le trafic des enfants. Parmi ses activités : Apporter un soutien psychologique et médical aux victimes de trafic sexuel. Assurer la réinsertion des enfants et adolescents dans leur famille et la société. Leur permettre d’obtenir justice. Les scolariser. Développer des campagnes d’éducation sur les droits des mineurs et des femmes. Sensibiliser l’opinion publique sur le trafic. En parallèle, Sanlaap a noué des partenariats avec d’autres associations comme Sunderban rural development and training center, présente dans la campagne du Bengale occidental.

La couture pour payer la dot
Au milieu des champs de riz verdoyants, au bout d’une petite route accessible seulement à pied ou à vélo, une petite maison en terre séchée abrite une dizaine de jeunes filles tressées. Depuis le seuil, on entend le cliquetis des machines à coudre qui se mêle et s’emmêle aux rires des apprenties couturières. Pour aider leurs parents, la plupart de pauvres paysans de la campagne du Bengale Occidental, à payer la dot exigée par la tradition et la belle famille, l’association Sunderban rural development and training center, SRDTC, a mis en place cet atelier de couture. Pendant une formation gratuite de huit mois, 25 adolescentes sont chaque année initiées au métier de couturière. Elles pourront vendre leurs créations sur les marchés de la région et mettre ainsi de l’argent de côté.
Sans la dot, pas de mariage. Sans le mariage, pas d’avenir. L’Inde est un pays conservateur pour ses jeunes filles tressées. 

Un rond coloré
Elles sont une cinquantaine, assises en cercle dans leurs saris colorés - jaune, orange, violet, doré, argenté -. Entre leurs deux sourcils, elles ont apposé un point, rouge. Dans leurs cheveux, elles ont soigneusement tracé une raie et ont dessiné un trait à la peinture, rouge. Symboles des femmes mariées. Sous un auvent, dans le parc de l’association Sunderban rural development and training center, elles écoutent le président de la SRDTC les mettre en garde contre le trafic sexuel dont pourraient être victimes leurs enfants : « Il faut se méfier des hommes qui viennent proposer à vos filles un travail de serveuse ou de femme de ménage à Calcutta ». « Si vous savez que vous n’aurez pas les moyens de payer la dot à leurs futurs époux, inscrivez-là aux cours de couture ». « Ne la mariez pas trop jeune. Attendez sa majorité. Il faut qu’elle se sente prête ».

Un abri entouré de bordels
Créés par Sanlaap, les « Drop in Center » servent de refuge aux fils et filles de prostituées lorsqu’ils sortent de l’école. Pendant que leurs mères reçoivent les clients chez elles, ils y font tranquillement leurs devoirs.
C’est la mousson. Une forte pluie chaude s’abat sur la red light area de Kalighat, en plein cœur de Calcutta. Le Gange est gorgé d’eau. Une eau marron et jaune sur laquelle flottent des détritus. Sur ses rives, s’étendent les rangées de bordels, de chambres et de ruelles peuplées d’hommes qui trompent leur ennui en jouant aux cartes. Au fond, près d’un arbre noirci par des nuées de corbeaux, un petit local aux murs rose bonbon et à la porte vert pomme abrite de naïfs dessins d’enfant. A même le sol, 25 petits sont assis, entassés. Dehors, leurs 50 chaussures en plastique les attendent pour les ramener chez eux. 

18 jeunes filles dans la cachette d’un bordel
C’est une femme pressée qui sort du tribunal de Calcutta. Elle s’engouffre dans une fourgonnette, s’assoit de tout son poids sur la banquette arrière et sort de son énorme sac une boite en plastique transparente. A l’intérieur, une dizaine de gros glaçons limpides. Elle en prend un et le mord à pleines dents. Cette femme pressée est la juriste de Sanlaap. Becs et ongles, elle parcourt l’Inde pour défendre les enfants victimes de trafic sexuel. D’une voix forte, elle raconte ses opérations sauvetage menées en partenariat avec la police. Un jour, dans un bordel de Bombay, ils ont trouvé 18 filles regroupées dans une minuscule pièce dont l’entrée avait été dissimulée derrière un buffet. Si elles étaient restées quelques instants de plus, elles seraient toutes mortes. Asphyxiées. Une autre fois, ils ont découvert une fille de douze ans cachée dans une trappe sur laquelle avait été posé un canapé. Juste avant d’avoir été obligée de s’y engouffrer, la petite avait pensé à laisser pour indice un bout de son étole dépasser ». 

Le mirage de Bollywood
Deux jeunes filles ont quitté leur village pour se rendre à Bombay. Sans prévenir leur famille. Elles rêvaient de devenir des stars. Elles sont restées à quai dans la gare de Calcutta. Elles auraient pu être victimes de trafic, mais les animateurs de Sanlaap les ont recueillies et ramenées à leurs familles. 

Au foyer Snea

La protection
A une demi heure de Calcutta, Sanlaap a ouvert un foyer pour recueillir les filles rescapées des bordels. Un lieu clos entouré d’un mur d’enceinte au sommet desquels ont été disposés des morceaux de verre tranchants. Devant les fenêtres, des barreaux. Devant les portes, des barreaux. Ici, la majorité des adolescentes sont en instance de jugement. Appelées à témoigner lors du procès de leurs ravisseurs. Beaucoup d’entre elles viennent du Bangladesh. Pour certaines, cela fait quatre ans qu’elles attendent de pouvoir être rapatriées chez elles. La justice est lente. Trop lente. Mais elle doit s’assurer que leurs familles ne présentent aucun danger pour elles. Parfois, ce sont les parents eux-mêmes qui vendent leurs propres enfants à des proxénètes.
Dans ce foyer, les filles passent leurs journées entre l’école, la formation aux métiers de la couture, les discussions intenses avec la psychologue, la danse et les comédies musicales pailletées diffusées en boucle à la télévision.

La télé
Le soir, la télé est allumée. Toutes les filles la regardent, avides. A travers le petit écran, elles s’échappent de ce lieu clos. S’il y a une panne d’électricité – ce qui arrive fréquemment - un chant de pleureuses s’élève ! Et dès que la lumière revient, ce sont des cris de hourrah qui fusent.

La danse
Les doigts jaunis par le riz au curry qu’elles viennent d’avaler accroupies à même le sol dans les couloirs du foyer, les jeunes filles s’apprêtent à participer à l’atelier de danse thérapie. Dès que la musique grésillante s’élève d’un vieux magnétophone, plusieurs d’entre elles se lèvent d’un bond. Les comédies musicales bien en tête, elles imitent chaque pas et geste de leurs stars préférées. Autour d’elles sont regroupées les autres filles. Un petit garçon d’un an passe de bras en bras pendant que sa maman danse.

Le tatouage
Une jeune fille a son prénom tatoué en bengali sur son bras. Une autre a des traces de cutter.

Les poupées
Faute de Barbie, Tumpa, 9 ans, s’est fabriqué des poupées. Toute une famille. Le papa. La maman. Une flopée d’enfants. De longs morceaux de chiffons gris, orange et rose enroulés sur eux-mêmes. Un fil pour marquer la taille et la tête. A chacun, elle a donné un nom. Dans une simple boîte en carton, le soir, avant de s’endormir dans son dortoir, elle les allonge. Ils restent figés pour la nuit. Dans leur valise de velours.

Elle ne retournera pas dans sa famille
Un père et une mère ont refusé d’accueillir chez eux leur fille rescapée d’un bordel :  Parce qu’elle est atteinte du VIH, elle allait jeter la honte sur toute sa famille et empêcher ses trois autres sœurs de trouver un mari. Sanlaap l’accueille dans son foyer. Le temps qu’il faudra.

Mère Térésa
Au siège de chaque ONG, même dans la campagne la plus reculé du Bengale occidental, le portrait de mère Térésa est accroché. Parfois, des maximes accompagnent sa photo : « Laissez la lampe allumée avec quelques goûtes d’amour ». Un véritable culte lui est voué parmi ceux qui travaillent dans l’humanitaire. 

La maternité
Trois jeunes filles mineures viennent de donner naissance à deux garçons et une fille. Leurs bébés sont couchés sous une moustiquaire de la forme d’un parapluie. Toutes ont été victimes de viol. Devant les pleurs, les cris, le sein qu’il faut donner à leurs petits, ces adolescentes sont embarrassées. Désarmées.

Témoignages

« Ma mère était toujours dans les livres. Ce n’était pas une bonne cuisinière ! Mon père, lui, travaillait dans le marketing, dans le secteur de la médecine. Il était fou d’amour pour elle. J’ai suivi mes études jusqu’au bout mais c’est ma maman qui m’a ouvert les yeux sur le monde. Elle qui a éveillé ma curiosité. Elle qui m’a appris à porter attention aux autres. Alors que j’enseignais l’anglais, un ami m’a proposé de rejoindre une association pour travailler auprès des enfants des rues. J’ai accepté. Ensuite, j’ai intégré une autre ONG qui m’a permis de découvrir le monde des femmes prostituées. Et puis j’ai eu un grave accident de voiture. Je suis restée trois mois au lit. J’en ai profité pour réfléchir à ce que je souhaitais vraiment faire de ma vie. J’ai pris conscience que je ne  voulais plus agir en fonction de ce que les autres voulaient mais en fonction de mon propre point de vue. C’est ainsi que j’ai fondé Sanlaap ».
Indrani Sinha, directrice de Sanlaap

« Dans les campagnes, il est de plus en plus difficile pour une jeune fille de trouver un mari. Les beaux-parents demandent une dot trop importante. Certains hommes  profitent de cette situation en leur faisant miroiter un travail à Calcutta. C’est comme cela qu’elles se retrouvent prostituées dans un bordel ».
Puspangali, coordinatrice à SRDTC, Sunderban Rural Development and Training Center, SRDTC, dans la campagne du Bengale Occidental

« Je déteste le système de la dot. Mon père est agriculteur. Il cultive du riz. Il est trop pauvre pour la payer. Cela l’oblige à faire d’énormes économies. Alors, j’ai décidé de suivre les cours de coutures de SRDTC pour mettre de l’argent de côté. Toutes les femmes en Inde veulent se marier. C’est notre vie ».
Basudha, 16 ans, jeune fille de la campagne au Bengale Occidental

- « Le soir, je m’endors et je pleure. Puis je rêve et je retrouve ma fille. Mais je me réveille et je la perds ».
M. Rani Bera, papa de Gita, une jeune fille portée disparue depuis l’automne 2004
- « Pourquoi Dieu nous fait-il subir ça ? Nous sommes trop démunis pour lutter contre les trafiquants ».
La maman de Gita

- « Suite à une enquête que j’ai menée auprès des prostituées, je suis arrivée à la conclusion suivante : elles ne changeront pas, mais leurs enfants si. D’où l’idée de fonder des drop in center. L’éducation est la priorité des priorités ».
Indrani Sinha, directrice de Sanlaap

- « Depuis mon adolescence, je vais au drop in center. On nous a parlé des abus que les grands faisaient sur les enfants. Des droits de l’homme. C’est important. Cela m’a aidée à ne pas me sentir coupable d’être une enfant de prostituée. Cela m’a aussi permis de respecter ma maman, de la considérer comme une personne comme les autres. Ce que je voudrais maintenant, c’est devenir esthéticienne. C’est un métier simple. Je suis une formation en ce moment. Je m’entraîne à l’épilation, au maquillage ou à la manucure sur les femmes de la red light area. Elles apprécient beaucoup ». 
Tumpa, 18 ans, a passé toute son enfance et son adolescence dans la red light area de Kalighat à Calcutta

- «  Il existe un mythe selon lequel les hommes atteints de maladies sexuellement transmissibles vont guérir s’ils couchent avec une jeune fille vierge. D’où l’augmentation du trafic à l’encontre des mineurs. ».
Sonali, travailleuse sociale à Sanlaap

- « Les clients des mineurs prostitués viennent de toutes classes sociales et toutes castes ».
Sonali

- « Quand les jeunes filles arrivent au foyer, elles inventent souvent des histoires. Elles disent par exemple qu’elles ont vécu dans la rue. Quelques mois plus tard, elles nous racontent une autre version et puis on finit par connaître leur vraie histoire. Toutes sont honteuses de leur passé. C’est très dur pour elles de dire qu’elles sont restées pendant des années dans un bordel où elles étaient forcées de recevoir 10 clients par jour.
Les débuts ne sont pas évidents : Elles qui étaient habituées à rester éveillées toute la nuit et dormir jusqu’à 14 h. Elles qui se gavaient de nourriture grasse et épicée. Elles qui prenaient de l’alcool, fumaient du Zarda, un tabac très fort … Tout cela, elles ont dû brusquement arrêter.
Heureusement, elles continuent à croire à l’amour. A rêver. Elles sont gavées de romances : tous les films de Bombay parlent d’amour. Après les horreurs qu’elles ont vécues, elles restent des enfants. C’est essentiel. On travaille beaucoup sur ce sujet. On leur fait comprendre que l’amour est différent du sexe. A toutes celles qui nous disent : « Je ne veux jamais me marier », nous leur répondons : « Peut-être as-tu  rencontré les mauvais hommes. Tous ne pensent pas qu’au sexe ».
Mais l’Inde est un pays à l’esprit étroit. Peu de gens vont les considérer comme des victimes. En tant qu’anciennes prostituées, elles sont stigmatisées pour le reste de leur vie ».
Anusha, psychanaliste au foyer Snea

- « Pendant toutes ces années où elles sont dans les bordels, les filles sont considérées comme des objets. Dans ce foyer, ce que nous essayons, c’est leur redonner confiance. Cela prend du temps. Les enfants sont comme des fleurs : il faut les protéger ».
Ritu Parna, psychologue au foyer de jeunes filles Snea

- « La danse thérapeutique est essentielle pour ces filles si sensibles avec leur corps. Elles ne sont pas à l’aise avec leur image. Il faut qu’elles apprennent à se reconsidérer. A se libérer ».
Sohini, fondatrice et animatrice d’un atelier de danse thérapeutique au foyer Snea

- « La première chose que je ferai en rentrant chez moi, ce sera de serrer mon petit frère dans mes bras ».
Sajida, 18 ans, originaire du Bangladesh, victime de trafic, pensionnaire au foyer Snea

- « Quand je rentrerai chez moi, j’essayerai de ne pas oublier tout ce que j’ai appris ici. Maintenant, je suis consciente de mes droits en tant que fille et j’essayerai de le partager avec les autres ».
Asma, 18 ans, originaire du Bangladesh, victime de trafic, pensionnaire au foyer Snea

- « J’aime écrire. Alors j’écris partout. Sur mes mains. Mes pages de cahier. J’écris mon nom, celui de mes frères. Et celui de ma mère. Elle est mauvaise. Très mauvaise. Mais je viens de son corps. Voilà pourquoi j’écris aussi son nom. Mon père ? (Elle sourit et hausse les épaules). Je ne veux pas travailler. Je ne veux pas me marier. Je veux rester pour toujours dans ce foyer. J’ai peur ailleurs. J’ai peur du dehors. J’ai peur dans la maison de ma mère. Que les garçons me prennent la main et m’emmènent … Je n’ai pas les mots pour expliquer ».
Ruby, 13 ans, depuis 3 ans au foyer Snea, fille d’une prostituée

- « Sanlaap m’a donné la chance de devenir celle que je suis maintenant. A mon tour de donner cette opportunité aux autres jeunes. Cela prend du temps. Beaucoup de temps. Il faut leur donner des opportunités comme des formations ou de l’éducation. Je suis un bon exemple pour eux. Ils peuvent voir concrètement ce que je suis devenue et suivre ma voie. Tout peut changer si nous voulons que cela change. C’est quelque chose qui ne s’apprend pas dans les livres mais dans la vie ».
Rakhi, 22 ans, ancienne prostituée victime de trafic, aujourd’hui elle organise des conférences pour témoigner

- « Peu de temps après son mariage, en avril 2002, l’époux de notre fille l’a obligée à se prostituer avec des hommes qu’il faisait venir chez lui. Elle avait 15 ans. C’est quelqu’un de la famille qui nous l’avait présenté. Nous sommes très pauvres. Nous avons huit enfants. Il nous a dit qu’il était contre la coutume de la dot, alors nous avons accepté le mariage. On pensait qu’elle serait plus heureuse qu’ici. Il a tatoué son nom sur son bras. Elle a été sauvée par la police au mois d’avril de cette année (2005).  Aujourd’hui elle est malade. On ne sait pas encore de quoi elle souffre ».
Les parents de Nuranasha, paysans dans la campagne du Bengale Occidental. Sa maman avait noué un gris gris en acier autour de poignet, elle l’a enlevé quand sa fille est revenue à la maison.

- « Quand j’ai retrouvé ma maman et ma sœur, je leur ai raconté ce que j’avais appris au foyer : lire, écrire, compter. Je ne savais pas avant. Je n’étais jamais allée à l’école. Depuis toute petite je fabrique des cerfs-volants. Je ne veux pas leur raconter ce qui s’est passé. Je veux tout oublier ».
Mimu, 15 ans, rescapée d’un bordel en début d’année 2005