Intérieur-nuit

Photographie : Laurent WEYL    

Hanoï – Vietnam – décembre 2007 Intérieur. Extérieur. Y a-t-il une vie privée lorsque commerce et salon ne font qu’un, entièrement ouverts sur la rue ? Seules de vieilles grilles métalliques retenues par un simple cadenas redonnent une certaine intimité à la tombée de la nuit. La journée, c’est une mise à nue sans aucune pudeur. On vit, mange, travaille, se détend dans le salon, sur le trottoir, peu importe, l’un et l’autre ( lire plus ...)

Le Vietnam a ses particularités urbanistiques. L’habitat y est essentiellement composé de maisons individuelles. Sur une base fixe de 3 mètres de large, elles peuvent s’élever de 1 à 11 étages selon la taille et le niveau de vie de la famille. La plupart des maisons sont fermées au niveau de la rue par un rideau de fer et non par un mur de brique. Cette cloison amovible s’ouvre sur la pièce située derrière, le plus souvent le salon, que l’on peut transformer ainsi en boutique. Des milliers de micro-commerces ont vu le jour de cette manière. Ces structures souvent informelles de petite envergure participent largement à la croissance économique. Ces lieux ouverts n’empêchent nullement la famille de vivre sa vie privée bien qu’elle soit donnée à voir à tous les passants. Les limites de la pudeur et de l’intimité sont loin d’être les mêmes qu’en Occident. La barrière entre espaces public et privé reste floue, débordant largement sur la rue. Depuis la politique communiste du Doï Moï en 1986 (politique économique d’ouverture et légalisation de la privatisation), le pays a vu sa croissance exploser, l’urbanisation est en pleine expansion avec un exode rural de 300 000 migrants par an. Le mouvement s’accompagne de bouleversements sociaux avec l’apparition de nouveaux riches et d’une petite classe moyenne. Les maisons laissent ainsi la place à des tours de bureau et des immeubles d’habitation ou des maisons de style occidental. Beaucoup de petits commerces dans les grandes villes se transforment peu à peu en boutiques protégées par des vitrines. En centre ville, magasins designs et restaurants branchés se multiplient, tous bien cloisonnés et dorénavant coupés des lieux d’habitation, comme en Occident. Les comportements et le mode de vie familial s’adaptent à ce nouvel environnement et les petits commerces traditionnels ouverts sur rue tendent à disparaître. Ces lieux reflètent la transformation politique et économique du pays. L’activité, le plus souvent artisanale, le décor sobre des lieux et le comportement des employés sont une image fidèle d’une culture et d’un pays qui avance à deux vitesses. Combien de temps encore ce mode de vie traditionnel perdurera-t-il ? Mon but est de saisir des instants volés où se mêlent étroitement encore activité publique et vie intime, en photographiant ces intérieurs ouverts depuis la rue à la tombée de la nuit. L’ambiance, la lumière et les couleurs nocturnes renforcent les spécificités vietnamiennes.