On les appelle les zama zama

Photographie : Guillaume COLLANGES     Textes : Sébastien DAYCARD HEID    

Ce sont des zama zama, des jeunes ou d’anciens mineurs, qui, chaque semaine, tentent de rejoindre par leurs propres moyens les filons des mines d’or sud africaines. Venus d’Afrique du sud ou du Mozambique, ils travaillent, mangent, dorment, dans cet univers oppressant. La durée de leur séjour -jusqu’à plusieurs mois consécutifs – mais aussi l'humidité, l'obscurité ( lire plus ...)

Il est presque onze heures du soir et, dans l’obscurité, Elijah et Wilson s’activent. Selon un rituel immuable, ils préparent leur paquetage et rangent les bouteilles de soda, le pain et le pap, une polenta de maïs, qui assureront leur survie pendant la semaine qu’ils passeront dans les galeries de la mine. Ils vérifient aussi les lampes frontales, projetant leur signal rouge qui les identifiera auprès de leurs camarades. Puis ils avalent à la hâte des sachets de préparation énergétique, qui leur permettront de tenir toute la nuit. La tension est palpable. Une fois passé l’entrée de la mine, impossible de reculer. Ce sont des zama zama, des jeunes ou d’anciens mineurs, qui, chaque semaine, tentent de rejoindre par leurs propres moyens les filons des mines d’or sud africaines. Venus d’Afrique du sud ou du Mozambique, ils travaillent, mangent, dorment, dans cet univers oppressant. La durée de leur séjour -jusqu’à plusieurs mois consécutifs – mais aussi l'humidité, l'obscurité et la température, 38 degrés, y sont pour beaucoup. Pourtant ils sont prêts à prendre tous les risques pour quelques centaines de grammes d'or... Malgré la constitution d’unités spéciales de la police, les autorités sont dépassées par l’ampleur du phénomène. Ces pirates des profondeurs forment une communauté très organisée, dans les couloirs des mines de Welkom ou de Barberton, qui sont devenus leurs villes souterraines. Selon la Chambre des mines, le syndicat des exploitants, 20% du profit d’une mine peut ainsi être volé. On estime ainsi les pertes à 10% de la production nationale, soit deux milliards de rands par an. Le phénomène a pris aujourd’hui une telle importance que les mineurs illégaux alimentent aujourd’hui un trafic mondial à destination principalement de l’Inde et de la Chine, alimenté par des cours de l’or au plus haut. Car des anciens mineurs prêts à reprendre leur destin en main, il y en a beaucoup en Afrique du sud. En une quinzaine d’année, le nombre d’employés est passé de 800 000 à 160 000. « L’âge d’or », où il était possible d’extraire facilement le métal précieux en Afrique du sud, en s’appuyant sur de faibles coûts de production, n’est plus. Les mines préfèrent aujourd’hui recourir à de la main d’œuvre étrangère et dans les townships, les mineurs regardent leurs camions passer. Davantage qu’un sujet sur les mines, ce sujet est donc aussi un portrait de la transition économique difficile que vit la nouvelle Afrique du sud de Thabo Mbeki.