Kosovo. Des ondes pluriethniques

Textes : Aude RAUX    

Hôtel Freedom. Pristina. Suite n°707. Avant la guerre, un général serbe en avait fait son pied-à-terre. L'été 1998, après la capitulation de la Serbie face à l'OTAN, Bernard Kouchner, représentant spécial des Nations Unies au Kosovo, y résida. Aujourd'hui, les murs de la 707 abritent le studio d'enregistrement de la radio Blue Sky. Seul média pluriethnique ( lire plus ...)

Reportage. Extrait.

Hôtel Freedom à Pristina. Suite n°707. Avant la guerre, un général serbe en avait fait son pied-à-terre. L'été dernier, après la capitulation de la Serbie devant les frappes de l'OTAN, Bernard Kouchner, le représentant spécial des Nations Unies au Kosovo, y résida quelque temps. Aujourd'hui, les murs de la 707 abritent le studio d'enregistrement de la radio Blue Sky. Lancé par décision de l'ONU, en octobre dernier, pour contribuer à la préparation des élections municipales qui devraient avoir lieu cet automne, Blue Sky est le seul média pluriethnique de cette province serbe placée provisoirement sous administration internationale et peuplée à une écrasante majorité d'Albanais. Dans le hall de l'hôtel, transformé en salle de rédaction, une vingtaine de journalistes et techniciens, d'origine albanaise et serbe, se retrouvent chaque matin pour discuter, en anglais, des sujets à traiter. Du dehors parvient le ronronnement du générateur qui alimente en électricité l'hôtel. Un bâtiment encerclé de barbelés et gardé comme une forteresse.
"Le profil recherché c'était le "livreur de pizzas". Des jeunes débrouillards, curieux, motivés, prèts à apprendre sur le tas. On voulait éviter le vieux journaliste plus déformé que formé. " explique Philippe Dahiden, fondateur de l'organisation suisse Hirondelle à qui l'ONU a confié la gestion du projet. Surtout, les jeunes devaient accepter de travailler dans une équipe mixte. Pas évident cinq mois après la guerre. Et pourtant, ils y sont parvenus, malgré d'inévitables tensions. Comme cette journaliste albanaise qui a refusé de traiter un sujet portant sur des femmes serbes pleurant leurs hommes, des fermiers assassinés par l'armée de libération du Kosovo. Ou cet Albanais qui a commencé son flash d'information par un vibrant "C'est notre premier Noël libre". En fait, c'est principalement aux yeux des autres que le pluriethnisme pose problème. Afin d'échapper aux violences des Serbes, Zekaj, une journaliste albanaise de 23 ans, a vécu avec sa famille pendant plusieurs semaines cachée dans les montagnes avant de trouver refuge dans un camp en Macédoine. Si pour elle c'est le passé, pour sa famille, il est hors de question d'oublier. C'est pourquoi elle n'a dit à personne que parmi ses collègues il y avait des Serbes : "Ils ne comprendraient pas. Je passerais pour une traitre". C'est aussi pourquoi les deux journalistes expatriées, chargées d'encadrer la jeune équipe, ne prennent pas le risque d'envoyer des Serbes chez les Albanais et vice-versa.