Le Caire. Des fleurs sur les ordures

Textes : Aude RAUX    

Depuis le départ de Soeur Emmanuelle du Caire en 1993, une autre Sœur, Sara, Egyptienne et Copte, continue le travail commencé avec sa complice. Grâce à l’aide financière de Français regroupés au sein de l’« Opération Orange », elle a ouvert l’horizon des zabalines (chiffonniers) jusque-là limité aux tas d’ordures. Aujourd'hui, les enfants ( lire plus ...)

Reportage. Extrait.

Sœur Sara est au paradis. « Le paradis c’est ici ». Ici, avec les chiffonniers du Caire. Et pourtant, quand elle est arrivée, elle s’est crue en enfer. « Les gens habitaient au milieu des détritus. L’odeur âcre me prenait à la gorge. On devait se frayer un chemin entre les mouches. Et la nuit, je m’emmaillotais les pieds, telle une momie, pour ne pas être mordue pendant mon sommeil par les rats ». C’était il y a tout juste trente ans.
Une Européenne encore inconnue, Sœur Emmanuelle, avait choisi, à 63 ans, de vivre dans ce quartier niché derrière la haute citadelle qui domine la grouillante capitale d’Egypte, afin de « hisser vers les étoiles les éboueurs aux pieds vissés dans les ordures ». Se sentant seule, elle s’était mise en quête de religieuses. C’est ainsi qu’elle fit la rencontre de Sœur Sara. « J’avais 28 ans. J’étais au couvent à Beni-Suef. Je n’ai pas hésité une seconde à la suivre auprès des zabalines ». Ces hommes et femmes aux paumes de misère, mis au ban de la société à cause de leur travail dégradant. Triant tout ce qui pourra être recyclé ou réparé : chiffons, bouteilles en plastique, ferraille et cartons. Ces familles coptes (chrétiens d’Egypte, minoritaires), qui élèvent des cochons, animal oh combien impur dans un pays où l’islam est religion d’Etat.
« Au début, nous ne faisions que gérer l’urgence. Ils n’avaient aucune hygiène. Aucune connaissance en matière de soins. Sur un œil enflammé, ils mettaient de la viande de cheval. Sur une brûlure, de la poussière ». Et lorsqu’elles parlèrent contraception et lutte contre l’excision, les questions fusèrent, imprégnées de méfiance : « Vous êtes jalouses parce qu’on a des enfants et pas vous ? De toute façon, vous, en tant que sœurs, qu’est-ce que vous y connaissez ? »
Il en fallait plus pour les décourager. « Je n’ai jamais désespéré. Je savais qu’on arriverait à faire pousser des fleurs sur les déchets ». Trente ans plus tard, tout lui montre que le passé avait un avenir.



NOTE : Pour soutenir l’association qui intervient également dans la scolarisation des enfants au Soudan et au Liban, contacter Colette Harlez. 7, allée des Jonquilles. 69550 Amplepluis. Site Internet : www.operation-orange.org.