Hauteur de vue

Photographie : Jérômine DERIGNY    

« Vous allez reconsolider un mur d'enceinte qui s’est affaissé et restaurer une salle de caserne » explique - en français et en anglais - Céline, animatrice à l’association Solidarités Jeunesses. Un jeune de Villetaneuse a du mal à saisir... « Tu veux une traduction en verlan ?! »
Aux yeux de Soizic, autre animatrice de l'association, une « telle expérience est très formatrice : On s’impose des règles, on vit en communauté, on s’intéresse au développement durable. Par exemple, on respecte les habitudes de construction traditionnelles en utilisant de la chaux à la place du ciment. Même si ça a ses limites : on fait nos courses chez Ed, pas dans un magasin bio...»
Du 11 au 31 juillet, quinze jeunes des quatre coins du monde ont participé bénévolement à ce chantier. Au fil des jours, des adolescents de Seine-Saint-Denis et du Val d'Oise sont venus les épauler.
« Malgré la barrière de la langue et les différences de cultures - ou peut-être justement grâce à cela - ce chantier est très constructeur pour les jeunes dont les cercles, du fait de leur parcours chaotique, s'appauvrissent au fur et à mesure qu'ils grandissent. » Salim Hocini.
Depuis cinq années, l’association Solidarités Jeunesses ouvre aux jeunes ce chantier international de la Butte Pinçon.
« Derrière ce chantier, se cache un véritable projet pédagogique. Je me souviens qu’à mon époque, on nous envoyait au Cap d’Agde deux semaines l’été. On achetait la paix sociale pour éviter que ça flambe. » Boubaker Bentahar, Directeur adjoint du centre de loisirs de Groslay.
« L'objectif d'un tel chantier vise à amener ces jeunes à donner de leur temps à une cause d’intérêt général. Dans la société de consommation actuelle, il est essentiel de leur montrer que l’on peut s’investir bénévolement pour le bien être de la collectivité. » François Roussel-Devaux, Directeur général des services à la ville de Groslay et Secrétaire général du Syndicat Intercommunal de la Butte Pinson.
« Les grands frères que l’on forme en trois semaines avec un Bafa, ce n’est pas ça une politique de la ville. Il faut professionnaliser les éducateurs qui encadrent les jeunes, les amener eux aussi à s’ouvrir à d’autres univers. Au lieu de les conforter dans leur volonté d’afficher leur "identité banlieue". » Salim Hocini.
« Moi je viens au chantier pour l’ambiance. J’aime bien travailler avec des étrangers. La première fois, ce sont les éducateurs qui m’avaient proposé d'y participer, mais les deux autres années c’est moi même qui me suis inscrite. » Ashley, de Villetaneuse.
« C’est la 3ème année que je viens ici. On rencontre des gens différents. Le premier jour par exemple, j'ai écouté de la musique avec une fille qui venait d'Arménie. Et puis on approfondit son anglais avec nos quelques notions scolaires ! » Fatouma, de Villetaneuse.
Le temps du chantier, les jeunes volontaires sont logés dans une école près de la Butte Pinçon. Une soirée est organisée pour apprendre à mieux se connaître autour d'un barbecue.
« A l’extérieur, les gens ils te disent : "Ah le 9-3 mais c’est chaud !" En fait, c’est seulement chaud à la télé. On est comme tout le monde, même si on ne grandit pas de la même manière. Malheureusement, ça va engrainer de la violence en nous. C’est une histoire de respect. Et le respect, ça se trouve dans tous les domaines. Par exemple, sur le chantier, si je vois un jeune qui porte une planche tout seul et bien je vais l’aider. Voilà du respect.» Siri, 16 ans, habitant de la Cité Allende à Villetaneuse.
Dans le réfectoire de l'école, six nationalités se disputent une partie de Mikados géants.
Jour de pause. Les jeunes bénévoles découvrent un "Paris so romantic" en bateau mouche.
« Pour moi la France, c'est deux films : Amélie Poulain et La Haine... J’avais l’impression que c’était courant chez vous que les jeunes cherchent à faire valoir leurs droits en provoquant des émeutes. C’est même une tradition de descendre dans la rue pour réclamer ses droits. Moi, je trouve que c’est une bonne chose tant que ce n’est pas violent. En Russie, les jeunes, eux, ils ne savent pas quoi faire. » Katia, bénévole russe.