Envahisseurs, soyez les bienvenus !

Photographie : Laurent WEYL    

A la périphérie nord de la capitale du Pérou, le bidonville Sol de la Portada a surgi en une nuit, en 2005. Depuis leur arrivée les habitants se sont démenés pour aménager ce bout de désert rocailleux n’appartenant à personne. Des lots équitables ont été répartis, des rues ont été collectivement tracées et dépierrées, ( lire plus ...)

L’invasion comme principe d’urbanisme

 

A lima, les invasions illégales de terrain sont le moteur du développement de la mégapole. Reportage sur un processus unique ancré dans l’histoire de la ville.

 

Une seule chaise autour de la table. Dans la maisonnette de planches occupée par Milé Garro Matos, son mari Felix et leurs deux garçons, chaque objet fait l’objet d’une patiente épargne. La famille vit à Manchai, vaste bidonville du Nord de Lima, sur un pan de montagne envahi cinq ans plus tôt avec d’autres sans-terre. Tous les matins, à cinq heures, Felix s’enfonce dans la nuit glaciale. Receveur dans un bus, il ne rentre chez lui que dix-huit heures plus tard avec un salaire suffisant à peine à couvrir les besoins quotidiens. Pourtant, à la différence de la plupart des squatters de la planète, Milé et Felix ne vivent pas dans la hantise d’une expulsion et ont l’espoir d’une vie meilleure. Leur quartier est engagé dans un processus de légalisation, conditionné à la mise en place d’une autogestion collective, au terme duquel ils deviendront propriétaires. Autour, d’autres bidonvilles ont menés à bien ce processus. Ils sont désormais connectés aux réseaux d’eau, d’égout et d’électricité de la capitale. L’école construite par leurs habitants a été reconnue par l’Etat et pourvue en professeurs. Les rues tracées et dépierrées en commun vont être enfin goudronnées. L’investissement collectif a porté ses fruits. L’individualisme peut s’installer.